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Droit de la nationalité française – Droit des étrangers en France

Guide des règles applicables aux Algériens pour l’accès à la nationalité française

Par Me Th. Loncle, avocat

Temps de lecture : 12 minutes

Avocat à Paris, nous accompagnons les ressortissants étrangers pour leur permettre l’accès à la nationalité française

Notre cabinet est dédié aux problématiques du droit de la nationalité française, du droit de l’immigration et du droit des étrangers en France

1) Nationalité française des Algériens : un sujet complexe

Parmi les dossiers en droit de la nationalité, ceux concernant les ressortissants algériens occupent une place particulière.

De nombreuses personnes nées en Algérie ou descendantes d’Algériens ayant vécu pendant la période coloniale s’interrogent sur leurs droits : peuvent-elles revendiquer la nationalité française ? Sont-elles françaises par filiation ? Peuvent-elles obtenir un certificat de nationalité française ?

Contrairement à une idée largement répandue, le simple fait qu’un parent ou un grand-parent soit né en Algérie avant 1962 ne suffit pas à établir la nationalité française.

La réponse dépend d’un ensemble de règles historiques et juridiques particulièrement complexes, issues de la colonisation puis de l’indépendance de l’Algérie.

Pour comprendre ces règles, il est indispensable de revenir sur plusieurs notions fondamentales : le statut civil de droit commun, le statut civil de droit local, la chaîne de filiation et les différents textes qui ont organisé la situation juridique des Algériens avant l’indépendance.

En savoir plus sur les règles applicables à tous les ressortissants étrangers, Algériens ou non, pour l’accès à la nationalité française : Comment obtenir la nationalité française

2) Pourquoi le cas de l’Algérie est-il différent ?

L’Algérie occupait une place singulière dans l’organisation administrative française.

Contrairement à d’autres territoires coloniaux, elle était administrée sous la forme de départements français.

Toutefois, cette intégration territoriale ne signifiait pas que tous les habitants bénéficiaient des mêmes droits ni du même statut juridique.

Pendant la période coloniale, le droit distinguait notamment :

– les personnes relevant du statut civil de droit commun ;

– les personnes relevant du statut civil de droit local, souvent appelé à l’époque « statut indigène ».

Cette distinction est encore aujourd’hui au cœur des contentieux liés à la nationalité française des Algériens.

En pratique, lorsqu’un tribunal doit déterminer si un ressortissant algérien est français par filiation, il cherche à établir sous quel statut civil son ascendant vivait et quelles conséquences ce statut a produites lors de l’indépendance.

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3) Le statut civil de droit commun : la clé de nombreux dossiers

Le statut civil de droit commun correspondait à l’application du droit civil français.

Les personnes relevant de ce statut étaient soumises aux normes françaises en matière d’état civil, de mariage, de filiation, de succession, de capacité juridique.

Dans les contentieux actuels, démontrer qu’un ascendant algérien relevait du statut civil de droit commun est souvent l’élément décisif permettant d’établir que la nationalité française a été conservée puis transmise aux descendants.

A l’inverse, les personnes demeurées sous statut civil de droit local ont généralement été concernées par les règles ayant entraîné la perte de la nationalité française au moment de l’indépendance, sauf exceptions prévues par les textes.

4) Distinction entre la qualité de Français et la citoyenneté française

Le Sénatus-consulte du 14 juillet 1865 constitue l’un des textes majeurs pour comprendre la nationalité française des Algériens.

Son article premier disposait : « L’indigène musulman est Français, néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane. »

Ce texte instaurait une distinction essentielle entre la qualité de Français et la citoyenneté française.

Les musulmans d’Algérie étaient considérés comme Français, mais continuaient à relever de leur statut personnel.

Ils pouvaient toutefois accéder à la citoyenneté française par une procédure particulière, généralement accordée par décret ou par jugement.

Ces admissions demeuraient relativement rares, mais elles conservent aujourd’hui une importance considérable.

En effet, lorsqu’un ressortissant algérien peut démontrer qu’un ascendant a obtenu cette admission au statut civil de droit commun, il peut ensuite tenter d’établir que la nationalité française s’est transmise de génération en génération.

5) La notion de chaîne de filiation

La plupart des dossiers de nationalité reposent sur ce que les tribunaux appellent la chaîne de filiation.

Cette notion consiste à démontrer de manière ininterrompue le lien de parenté entre l’ascendant ayant bénéficié du statut civil de droit commun ou de la nationalité française, chacun de ses descendants successifs et le demandeur actuel revendiquant la nationalité française.

Cette démonstration repose sur les actes de naissance, les actes de mariage, les éventuels jugements supplétifs ou rectificatifs, les archives administratives ou judiciaires, les décrets et décisions d’admission.

La Cour de cassation a apporté d’importantes précisions dans plusieurs arrêts du 6 juillet 2011.

La Haute juridiction a notamment jugé que lorsqu’un ascendant a obtenu le statut civil de droit commun par décret en application du Sénatus-consulte du 14 juillet 1865 ou par jugement en application de la loi du 4 février 1919 ou de la loi 18 août 1929, il suffit au descendant de démontrer la chaîne de filiation qui le relie à cet ascendant pour pouvoir revendiquer la nationalité française (Cour de cassation, 1ère civ., 6 juillet 2011, n° 10-30760, n° 10-30811, n° 10-30661).

Cette jurisprudence a considérablement sécurisé certains dossiers de descendants d’Algériens.

6) Les mariages coutumiers musulmans empêchent-ils la transmission de la nationalité ?

Pendant longtemps, certaines procédures ont porté sur des mariages célébrés devant le cadi et non devant l’officier d’état civil – renvoyant selon le ministère public au non-respect du statut civil de droit commun.

La Cour de cassation a adopté une position particulièrement importante pour les familles algériennes.

Elle a considéré que l’existence d’un mariage coutumier peut suffire à produire des effets en matière de filiation : « le mariage célébré devant le cadi fût-il nul, l’existence de l’union suffisait à produire les effets de filiation et, d’autre part, que les enfants étaient de statut civil de droit commun dès lors qu’en l’absence de dispositions expresses, le mariage traditionnel d’une personne de statut civil de droit commun ne lui faisait pas perdre le bénéfice de ce statut » (Cour de cassation, 1ère civ., 6 juillet 2011, n° 10-30760 et n° 10-30811, précités).

En conséquence, le fait que plusieurs générations aient contracté des unions selon les formes du droit musulman ne suffit pas à remettre en cause, à lui seul, l’existence d’une chaîne de filiation permettant d’établir la nationalité française.

7) Les jugements supplétifs et rectificatifs algériens

De nombreux ressortissants algériens disposent aujourd’hui d’actes d’état civil reconstitués, corrigés ou complétés par des décisions judiciaires.

Cette situation est fréquente lorsque les registres anciens ont disparu ou comportaient des erreurs.

La Cour de cassation rappelle que les jugements rectificatifs ou supplétifs peuvent avoir un effet déclaratif.

Ainsi, un jugement rendu plusieurs décennies après les faits peut permettre d’établir rétroactivement un mariage, une filiation, une rectification de nom ou toute autre information d’état civil essentielle.

Dans les dossiers de nationalité, ces décisions sont souvent déterminantes pour reconstituer la chaîne de filiation entre l’ancêtre et le demandeur.

8) Le Sénatus-consulte du 14 juillet 1865

Un « sénature-consulte » était un acte, ayant valeur de loi, voté au Sénat sous Napoléon III.

On l’a vu plus haut, l’article 1er du Sénatus-consulte du 14 juillet 1865 prévoyait que « l’indigène musulman est Français, néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane ».

Toutefois, ces personnes pouvaient accéder à la qualité de citoyen français par décret impérial rendu en conseil d’Etat, à l’âge de vingt et un ans accomplis (très rarement accordé).

Pour démontrer la nationalité française, il faut établir une chaîne de filiation ininterrompue avec « l’admis » à la nationalité française.

9) La Convention franco-algérienne du 27 août 1964

La convention conclue entre la France et l’Algérie le 27 août 1964 relative à l’exequatur et à l’extradition joue également un rôle important.

La Cour de cassation a rappelé dans plusieurs décisions du 12 juillet 2017 que les juridictions françaises ne peuvent pas substituer leur appréciation à celle des juges algériens lorsqu’un jugement algérien régulier a reconnu certains éléments d’état civil (Cour de cassation, 1ère civ., 12 juillet 2017, n° 16-24013, n° 16-24014, n° 16-24015, n° 16-24016, n° 16-24017).

Pour les descendants d’Algériens confrontés à des erreurs ou incohérences d’état civil, ces décisions peuvent représenter un atout majeur.

10) Le décret Crémieux de 1870 et les Algériens de confession israélite

Le décret du 24 octobre 1870, connu sous le nom de décret Crémieux, a déclaré citoyens français les israélites indigènes d’Algérie.

Aujourd’hui encore, certaines demandes de nationalité française sont fondées sur la filiation avec un ascendant ayant bénéficié du décret Crémieux.

Il convient toutefois de souligner que chaque dossier doit être étudié individuellement, les situations familiales étant souvent complexes.

11) La loi du 4 février 1919 : un accès individuel à la citoyenneté française

La loi du 4 février 1919 a ouvert aux « indigènes d’Algérie » la possibilité d’obtenir la citoyenneté française, c’est-à-dire à la nationalité française pleine et entière, sous certaines conditions : être âgé de vingt-cinq ans, être monogame ou célibataire, non condamné, et avoir servi dans les armées de terre ou de mer, ou savoir lire et écrire le français, ou être propriétaire d’un bien rural ou d’un immeuble urbain, ou investi d’un mandat électif, ou titulaire d’une décoration française.

L’intéressé devait solliciter un jugement d’admission admis à la qualité de citoyen français auprès du juge de paix.

Les personnes qui n’effectuaient pas cette démarche étaient déclarées « non citoyens français » (appellation qui deviendra : statut civil de droit local).

Cette procédure fut étendue aux femmes par la loi du 18 août 1929.

De nombreux contentieux actuels concernent précisément des descendants de personnes ayant obtenu la citoyenneté française grâce à ces textes.

La difficulté principale réside dans les recherches d’archives, de nombreux jugements étant demeurés en Algérie.

12) Que s’est-il passé lors de l’indépendance de l’Algérie ?

Les effets sur la nationalité française de l’accession à l’indépendance des départements d’Algérie, fixés au 1er janvier 1963, sont régis par l’ordonnance n° 62-825 du 21 juillet 1962 et par la loi n° 66-945 du 20 décembre 1966.

Ils font actuellement l’objet des dispositions des articles 32-1 et 32-2 du Code civil.

Il résulte en substance de ces textes que les Français originaires d’Algérie ont conservé la nationalité française :

a) de plein droit, s’il étaient de statut civil de droit commun ce qui ne pouvait résulter que de leur admission ou de celle de l’un de leur ascendant, ce statut étant transmissible à la descendance, à la citoyenneté française en vertu exclusivement,

– soit d’un décret pris en application du sénatus-consulte du 14 juillet 1865,
– soit d’un jugement rendu sur le fondement de la loi du 4 février 1919 ou, pour les femmes, de la loi du 18 août 1929,
– ou encore de leur renonciation à leur statut personnel suite à une procédure judiciaire sur requête, étant précisé que relevaient en outre du statut civil de droit commun les personnes d’ascendance métropolitaine, celles nées de parents dont l’un relevait du statut civil de droit commun et l’autre du statut civil de droit local, celles d’origine européenne qui avaient acquis la nationalité française en Algérie et les israélites originaires d’Algérie qu’ils aient ou non bénéficié du décret « Crémieux » du 24 octobre 1870 ;

b) s’ils étaient de statut civil de droit local, par l’effet de la souscription d’une déclaration de reconnaissance au plus tard le 21 mars 1967 (les mineurs de 18 ans suivant la condition parentale dans les conditions prévues à l’article 153 du Code de la nationalité française), ce, sauf si la nationalité algérienne ne leur a pas été conférée postérieurement au 3 juillet 1962, faute de quoi ils perdaient la nationalité française au 1er janvier 1963.

Il est donc indispensable d’identifier précisément la situation juridique de chaque ascendant au moment de l’indépendance.

C’est souvent ce point qui détermine l’issue de la procédure.

13) Quels documents faut-il réunir ?

Un dossier de nationalité française implique généralement la collecte de l’acte de naissance du demandeur, des actes de naissance des parents, grands-parents, parfois arrière-grands-parents, actes de mariage, éventuels jugements supplétifs ou rectificatifs, décret ou jugement d’admission au statut civil de droit commun, archives administratives, documents militaires…

Toute incohérence entre les actes doit être analysée avec attention avant leur communication dans le cadre de la demande de nationalité française car elle est susceptible de déclencher une contestation du ministère public.

14) Pourquoi les demandes de certificat de nationalité française sont-elles souvent refusées ?

Les refus proviennent généralement d’une rupture dans la chaîne de filiation, d’un manque de preuves concernant le statut civil de l’ascendant, d’une confusion entre citoyenneté et statut civil, d’erreurs dans l’état civil, de l’absence du jugement ou du décret d’admission recherché, de difficultés liées aux archives algériennes.

Un refus ne signifie pas nécessairement que la demande est vouée à l’échec.

Il révèle souvent un dossier incomplet ou insuffisamment argumenté.

15) L’intérêt de consulter un avocat en droit de la nationalité française

Les dossiers de nationalité française impliquant des ressortissants algériens sont parmi les plus techniques du droit de la nationalité.

Ils nécessitent une maîtrise des textes coloniaux, des effets de la décolonisation, du droit international applicable aux actes d’état civil étrangers, du droit de la preuve, de la jurisprudence de la Cour de cassation.

Votre avocat analysera la situation familiale, identifiera les textes applicables, recherchera les éléments de preuve pertinents, vérifiera la chaîne de filiation, préparera une demande de nationalité française ou engagera une procédure judiciaire.

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Le cabinet de Me Thomas Loncle, avocat à Paris en droit des étrangers, conseille et assiste ses clients sur toutes les problématiques relatives au droit de la nationalité française… : acquisition de la nationalité française par la naturalisation par décret ; acquisition de la nationalité française par le mariage ; nationalité française d’un enfant par la naissance ; réintégrations dans la nationalité française (par décret ou par déclaration).

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